Le droit au service de la Sainte Inquisition

La professeure Muriel Paradelle a pris la parole le 10 juin dernier à Ottawa lors d’un dîner-conférence offert par la Société des Amis Canada-France.

Son allocution portait sur « la sorcellerie saisie par le droit ou la mise en normes d’une vision tourmentée du monde ».
Son propos visait à montrer comment le droit et le système judiciaire ont été mis au service de la grande chasse aux sorcières qui a enflammé l’Europe entre le XVe et le XVIIe siècle.

Si les conditions juridiques et judiciaires ont grandement contribué à l’efficacité de la répression, celles-ci toutefois ne dataient pas de la Renaissance. Elles avaient été mises en place dès le XIIIe siècle, tant devant les juridictions laïques qu’ecclésiastiques, avec l’adoption du système inquisitoire au lieu et place du système accusatoire alors en vigueur et la réintroduction de la torture comme moyen légal de preuve en vue d’extorquer des aveux.

Si la poursuite de la sorcellerie a certes été le fait, à l’origine, de la Sainte Inquisition, dont le mandat consistant à poursuivre les hérésies fut élargi pour englober la chasse aux sorcières, il n’en demeure pas moins que, contrairement à l’idée reçue, ce furent les autorités laïques qui menèrent pour l’essentiel cette bataille. Celles-ci se révélèrent à cette occasion d’une très grande sévérité.

Cet épisode dramatique de l’histoire européenne atteste que le droit constitue un instrument de pouvoir d’une redoutable efficacité, véritable produit social qui reflète tout à la fois les valeurs, les peurs, les enjeux et les représentations des sociétés qui en sont à l’origine à un moment donné, dans un lieu donné et dans les termes d’un contexte particulier.

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Last updated: 2008.12.09