Visite de la présidente du Conseil du statut de la femme du Québec
La présidente du Conseil du statut de la femme du Québec, Me Christiane Pelchat, est intervenue dans le cours Théories critiques du droit de la professeure Pascale Fournier, le 13 février 2009, pour discuter de l’avis sur le « Droit à l’égalité entre les femmes et les hommes et liberté religieuse » préparé à l’intention du gouvernement du Québec.Cet avis a été adopté par le Conseil en août 2007 alors que la Commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables s’apprêtait à entendre la population québécoise sur les pratiques d’accommodements reliées aux différences culturelles. Il a été le prélude à l’adoption par le gouvernement du Québec d’une modification à la Charte québécoise des droits et libertés, laquelle a réaffirmé que l’égalité entre les femmes et les hommes constituait une valeur publique fondatrice du Québec moderne.
Pour mieux comprendre le contexte social et politique qui prévalait à l’époque, Me Pelchat a rappelé aux étudiantes et aux étudiants trois événements qui avaient alimenté le débat public. Premièrement, la Société de l’assurance automobile du Québec avait émis une directive voulant que ses employées cèdent leur place à un homme à la demande de membres de communautés culturelles lors des tests de conduite. Le Service de police de Montréal avait également avisé ses policières de laisser leurs collègues masculins intervenir lors d’une plainte provenant d’un certain groupe religieux. Et enfin, le YWCA avait dû givrer les fenêtres de son centre de conditionnement physique pour satisfaire ses voisins, des juifs hassidiques.
Me Pelchat a rappelé qu’en créant la Commission Bouchard-Taylor, le gouvernement Charest avait désigné trois valeurs collectives incontournables : la laïcité, l’égalité entre les femmes et les hommes et la prééminence du fait français. L’avis du Conseil a servi à influencer le gouvernement québécois pour qu’il reconnaisse le droit à l’égalité entre les femmes et les hommes. « C’est qu’on ne veut pas revivre l’humiliation de se « tasser » parce qu’on demande un accommodement raisonnable, indique-t-elle, parce qu’on a des institutions qui sont incapables de faire respecter l’esprit, ou à tout le moins la lettre de l’article 10 de la Charte québécoise, qui interdit déjà semble-t-il les inégalités entre les sexes ».
Me Pelchat se décrit comme une féministe radicale. « Je pense, dit-elle, que nous vivons toujours dans une société patriarcale au Québec. La discrimination systémique dont sont victimes les femmes est encore monnaie courante. » Pour illustrer son propos, elle cite le cas de la Clinique des femmes de l’Outaouais, un organisme sans but lucratif qui pratique des avortements. Dans les 16 autres régions du Québec, les avortements sont fournis dans les hôpitaux et les CLSC. Le gouvernement veut privatiser toutes les cliniques qui offrent un service d’avortement mais pour cela, il faut que la clinique appartienne à 50% à des médecins. « Ça veut dire, en Outaouais, qu’il faut trouver un médecin qui veut devenir propriétaire d’un organisme communautaire. » Or si la clinique de santé des femmes cesse de pratiquer des avortements, qui le fera, demande-t-elle?
La présidente du Conseil du statut de la femme dénonce aussi le plan de relance du gouvernement fédéral qui, avec ses milliards de dollars d’investissements dans les infrastructures, privilégie les hommes. « 97 pour cent des travailleurs de la construction sont des hommes et 95 pour cent des travailleurs routiers sont des hommes, souligne-t-elle. » Pendant ce temps, les femmes gagnent toujours 30 pour cent moins que les hommes. Autant de raisons qui la motive quotidiennement à lutter pour l’abolition de la division sociale des rôles.


